Sur un verset du Deutéronome

Une des attaques les plus pernicieuses contre le caractère libéral de nos sociétés occidentales tient dans la confusion qu’on a voulu faire entre ce qui relève de la morale et ce qui relève de la loi. Par orgueil sans doute, mais aussi du fait de l’action des imbéciles, nous sommes sans cesse rappelés que la morale serait une chose labile, qui pouvait dire le pire hier, et qui ainsi n’aurait rien à ajouter aujourd’hui juchée sa montagne d’erreurs. Mais ces imbéciles dont parlait Bernanos se garderont bien de poser la question en des termes qui rendent possible une réponse.

Bien des dilemmes trouveraient leur équilibre du moment que l’on accepte que les raisonnements moraux puissent se tenir sans nécessairement entrainer d’interdictions juridiques qui les matérialisent. Pier Paolo Pasolini disait qu’il était à la fois contre l’avortement, mais en faveur de sa légalisation – ce qui ferait de lui aux yeux des progressistes du jour et sur ce point, un affreux jojo. Et pourtant très en amont de l’auteur de Théorème, dans le Deutéronome, Dieu dit « j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité ». Ce qui veut dire pour celui qui s’autorise à lire, tout d’abord que la vie est préférable – contre l’avortement -, dans la mesure où est préservée la faculté de choisir – pour sa légalisation.

L’atrophie de nos facultés morales est à mettre au débit des relativismes de la fin du XXème siècle : on y voyait plus clair quand l’homme existait encore et qu’il parlait sans trop de honte de ce qu’il pensait vrai. Bien sûr nous avions tort sur toutes les façons dont il fallait changer, chaque époque s’est fourvoyée de la sorte et celle que nous vivons ne déroge pas à la règle. Mais nous n’avions pas tort sur l’existence d’un royaume qu’aucun code civil ne pourrait jamais atteindre. Et surtout nous avions raison d’appeler cette différence du nom de liberté, car c’était l’endroit où nous faisions des choix et c’était celui où nous pouvions chuter.

« Les imbeciles sont capables de discuter indéfiniment sur n’importe quelle question, mais ils se garderont bien de la poser d’une telle manière qu’ils soient forcés d’y répondre “ Bernanos

Crédit image : Peter Mathis, « Cadini di Misurina », Italy, 2011

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