Dans la langue

Quand au commencement, l’ensemble du monde se trouvait encore
Dans la lumière crue, lorsque la femme mangea le fruit
Accédant à la seule connaissance du mal, 

Car l’ensemble du monde était le bien et ne supposait rien d’autre,
Il ne supposait pas qu’on se vêtisse, et l’homme n’aurait jamais
Besoin de se pencher avec force vers le sol ; et de parler

Dans le langage des pauvres, où les choses manquent de noms,
Dans celui des hommes sûrs, où elles en excèdent,
Dans celui du bien, où les choses sont rarement dites ; de passer

Longtemps par le deuil, par le pont d’une langue trop étroite,
Par le deuil, par la taille d’un esprit faible qui ne sait que le simple,
Par le deuil, par l’incapacité même d’avoir un juge ; de parler

Dans la langue, qui n’a pas formé leur gorge d’enfants pauvres,
Et les conduit à s’empoisonner de leurs syllabes gobées,
Dans celle-ci qui les enferme dans ce qu’ils sont ; de vivre

Dans cette vaste langue, avec laquelle indiquer la direction de la mer,
Dans cette langue de cité, où dévoiler les mots de passe,
Dans la langue, pour cesser de disparaître sans n’essayer rien. 

Crédit image : Marc Garanger

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