Mission statement

Quand les entreprises proposaient honnêtement un travail, et que les employés acceptaient ce travail en échange d’un salaire, pris dans le mouvement d’une croissance générale du bien être, il était alors inutile d’encombrer les tâches de significations dont l’objet premier est de palier la réduction générale des perspectives sociales et la pauvreté de la compensation.

La transcendance qu’on s’invente dans le monde professionnel, et que l’on vend à l’employé, que l’employé lui même revendique comme une des raisons de son emploi, vient combler les vides d’un monde durci. Il est dur par les voies de l’étude, qui se montrent escarpées pour les gens qui n’appartiennent ni à l’aisance ni aux cercles. Il est dur par l’enchainement transparent qu’il requiert croissant dans les expériences professionnelles, alors que le principal intérêt serait d’apprendre puis de maîtriser son art, mais de savoir que l’apprentissage est de l’homme, qu’il est de l’ordre de la liberté, alors que la maîtrise est du groupe.

Il y avait un endroit pour trouver un sens supérieur à l’action concrète, cet endroit portait le nom d’église, de temple, ou de synagogue. Et à cette liste il faut aussi ajouter la solidarité laïque des compagnonnages qui se passaient de la divinité révélée, mais qui ne se passaient pas du sens à donner aux choses bien faites, car eux aussi connaissaient l’espoir. Mais aucun de ces lieux sacrés n’était un séminaire de vente, aucun de ces lieux n’était une retraite stratégique ; on ne mentait pas de cette façon sur l’importance des choses, puisqu’il y avait un autre lieu où la dire, où penser la vérité au grand soleil des évangiles.

Malgré les corrosions du chômage, on a jamais autant employé de gens, et on a jamais autant fait croire aux missions supérieures des entreprises. On a jamais autant versé dans le ridicule, chaque entreprise devant se trouver un « mission statement » et défendre des “valeurs », chaque entreprise voulant enfourcher la grandeur qui existe chez celui qui ne se ment pas. Car on a jamais autant employé de gens, dans autant d’entreprises, et on a jamais été aussi peu nombreux à refuser de mentir.

“Nous sommes ici des catholiques qui ne trichent pas ; des protestants qui ne trichent pas ; des juifs qui ne trichent pas ; des libres penseurs qui ne trichent pas. C’est pour cela que nous sommes si peu de catholiques ; si peu de protestants ; si peu de juifs ; si peu de libres penseurs. En tout si peu de monde.” Charles Péguy

Crédit image : inconnu

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