Un présent gigantesque

Gilles Deleuze remarque en 1990 dans le « Post Scriptum sur les sociétés de contrôle » que dans les sociétés disciplinaires, celles des siècles qui précédèrent l’avènement généralisé du digital, on arrêtait pas de recommencer, de l’école à la caserne, de la caserne à l’usine.

Il oppose ce destin séquentiel à celui des sociétés de contrôle, dans lesquelles rien ne finit jamais, dans lesquelles on est continûment numéroté, pesé, puis dispersé, dans un festin aux murs chargés de règles. Car on y vit assez mais on y finit jamais rien, puisqu’on atteint jamais l’autonomie de sa propre mesure.

Et il aurait dû aussi écrire que dans cette société qui est sans issue visible, la notre, plus rien n’est oublié, puisque tout est enregistré et tout est accessible.

Et il aurait pu ajouter pour cette raison de facilité trop grande, qu’on ne sait plus grand chose des mouvements de notre passé, puisqu’il est tout autant inutile de savoir – de connaître dans l’intimité de son crâne, et non pas dans l’éloignement de l’écran – de savoir sans réfléchir pour les rappeler, les raisons du contrôle.

De tout cela on tire l’impression de la graduelle immobilisation d’un animal ayant trop tiré sur la longe, et le fait ne pourra plus se résoudre qu’en une révolution, notre salut étant de renverser un présent devenu gigantesque.

Crédit image : Getty Images

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