Jon Stewart

Nous sommes entrés dans une phase assez désespérante en France ou aux US. Il suffit de lire le dernier article de Jon Stewart dans le NYT pour constater comment ce genre de personne manque à l’heure actuelle aux US. J’ai eu des conversations pénibles récemment avec mes amis sur le racisme aux US qui m’ont rappelé à quel point Stewart avait su trouver un point d’équilibre lors de son emission The Daily Show, équilibre perdu depuis Trévor Noah.

Une des choses qui m’avait beaucoup plue était son rally avec Steven Colbert qui visait une forme d’exactitude dans la discussion, et qui donc ne mettait pas les Républicains dans le sac des racistes délibérés ou des idiots fascistes, ni d’ailleurs les Démocrates dans celui de la vertu immaculée.

On a pas le loisir de faire autre chose actuellement – ne serait ce que pour des raisons de perception – que de dire comment les choses sont binaires – et comment le racisme d’actes répétés est inacceptable. La discrimination de fait des noirs aux Etats Unis est une infamie, qui est liée à leurs circonstances mais aussi à leurs choix. C’est une réalité qui se voit de façon claire à certains endroits, et moins clairement à d’autres.

C’est aussi le lieu d’un héroïsme quotidien de noirs qui refusent sereinement d’en devenir les objets, et des blancs de bonne volonté qui s’attellent à leur niveau à ne pas laisser ni perdurer le déséquilibre ni prospérer la culpabilité. L’exactitude me semble là aussi aider, mais on aurait raison de penser que sur ce sujet, le choix actuel est réduit entre le silence respectueux ou l’exhorte.

Cependant je ne vois pas qu’on arrive à quoi que ce soit si on en reste à l’indignation, qui me paraît être aujourd’hui la seule place réthorique où le citoyen moderne s’imagine exister. Mon impression est celle d’une société qui hurle à pleins poumons, tout le temps et sur tous les sujets. Le bruit et la fureur.

Je veux pointer du doigt la même indignation que celle qui sans cesse juge et de la même façon les manières des gens ordinaires, ordinairement homophobes, ordinairement antisémites, ordinairement racistes, ordinairement banals. Barack Obama l’avait compris et avait intégré cette jauge. Il ne renvoyait pas sans cesse des segments entiers de la population à leur médiocrité, sans leur donner aussi l’impression qu’ils valaient mieux. Trump a détruit cela en détruisant le langage même de la décence.

Et voilà ce que je regrette quand je parle de conversation nationale, et qui peut être une chimère, à savoir qu’il soit possible d’engager le dialogue avec des gens dont les idées me déplaisent, mais dont j’imagine aussi une nature humaine qui fasse d’eux non pas des ennemis insensés et cruels, mais des adversaires, peut-être ignorants ou effrayés, façons qui se changent. Cette vue est inaudible à l’heure actuelle, et sans doute est elle impraticable, mais on ne choisit pas vraiment ses nostalgies.

En fait plutôt que de lutter uniquement contre le racisme, je me demande si il ne vaut pas mieux lutter avec un force égale contre l’obsession pour les races d’où qu’elle vienne. Cela implique de mettre en place des politiques qui visent les citoyens sans distinctions, mais dont les effets seront d’équilibrer des différences qui peuvent avoir été engendrées par ceux qui sont obsédés par la race, parmi lesquels les racistes, comme les activistes identitaires.

Crédit image : The Chronicle

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