Fessenheim

ERhCJN5X0AAuOQu.jpeg

Chesterton aurait écrit aujourd’hui que le monde est rempli d’idées écologiques devenues folles. Devant Fessenheim qui ferme ses portes, il aurait crû singulier d’éteindre une puissance électrique capable de fournir, à coût marginal faible et sans production notable de gaz carbonique, près de l’ensemble des besoins de l’Alsace en électricité.

Car il est en effet étrange que le public ne se soit pas posé avec plus d’insistance la question de savoir quelles combustions diverses viendraient remplacer les fissions atomiques, quelles productions additionnelles de gaz carbonique viendraient se déverser dans l’atmosphère. Il est vrai qu’il fallait honorer un engagement auprès du parti écologique, dont on aura besoin aux municipales, puis aux présidentielles, puis à d’autres échéances aussi géologiques, comme le pendu a besoin pressant d’une corde.

Mais si l’on voulait faire le compte de la transition énergétique qui s’annonce, celle où doit selon la politique énergétique française se réduire drastiquement la production nucléaire dans le mix énergétique, il suffirait de se tourner vers l’Allemagne, Tartuffe magistral de l’énergie ayant réussi par ses palinodies à relancer, en compagnie de la Pologne, un des modes de production Européen les plus polluant, à savoir le charbon.

La seule raison valable qui justifiait la fermeture de Fessenheim était d’obtenir un retour d’expérience sur le démantèlement in vivo de ce type de centrales. Et une fois cette expérience obtenue, elle devrait servir à construire PLUS de capacités nucléaires avec PLUS de confort. Mais cela, notre gouvernement est incapable de l’articuler. C’est qu’il ne voit pas l’intérêt d’éduquer mieux notre population d’enfants indignés sur le tragique des choix qui viennent. Et on laisse prospérer dans les têtes d’autres idées écologiques devenues folles, comme celles de penser que la décroissance économique serait notre arche de Noé.

Passons sur la version la plus radicale, qui consiste à tout simplement ne pas avoir d’enfants. Comme le disait Staline :”pas d’hommes, pas de problèmes” et il est certain que lorsqu’il n’y aura plus personne, l’ensemble vide aura été sauvé, nous mourrons guéris. Il faudrait décrire mieux les corrélations bizarres engendrées par l’idéologie écologique à laquelle nous sommes de plus en plus exposés. Quand elle ne considère pas une extinction pure et simple de l’homme, elle lui demande de s’engager dans la décroissance. Or il se trouve que les mêmes gens demandent aussi, et à juste titre, une réduction des inégalités.

Mais sait-on seulement ce qu’implique cette demande légitime du point de vue de la consommation globale. Pour ne prendre qu’un seul exemple chiffré, en 2012, Alan Krueger a estimé qu’en l’absence de l’accroissement des inégalités entre 1979 et 2007, la taille de l’économie américaine aurait été 5% plus importante, soit environ 700 Mds$ de PIB supplémentaire. Et donc une économie qui aurait réduit les inégalités d’autant aurait aussi été une économie qui aurait stimulé sa consommation, celle des classes moyennes, donc la croissance. On ne peut pas vouloir la réduction des inégalités sans vouloir aussi le surcroît de consommation des classes moyennes qui en bénéficient.

On ne peut pas non plus vouloir l’inventivité, la recherche, le progrès technique et l’absence de croissance et ce pour au moins deux raisons cardinales. La première c’est que de tous temps, le surplus de richesses a permis d’investir dans des initiatives folles et risquées qui deviennent ensuite des évidences. Moins de croissance, moins de surplus ; sans surplus, pas de projets de recherche. Mais plus fondamentalement, une fois qu’une manière de faire plus avec les mêmes ressources a été trouvée, l’économie croît puisqu’on a créé plus de richesses avec les mêmes ressources. Le génie humain est une des composantes de la croissance. Trouve-t-on qu’il gène les plans des idéologues ? Cela toujours été le cas, et aujourd’hui pas moins qu’hier.

Bien sûr qu’il est possible de faire preuve de finesse dans l’amélioration de la qualité de la croissance. Les solutions sont sur la table d’ailleurs, mais ce ne sont pas celles qui bénéficient de l’hystérie exprimée par les Savonaroles du moment. Elles en auraient besoin.

Chateaubriand disait que la supériorité du Purgatoire sur l’Enfer ou le Paradis, c’est qu’il avait un avenir. Chacun se situera où il le veut suivant ses circonstances ; collectivement nous sommes au Purgatoire et donc nous avons un avenir. En particulier, si, comme moi, on croit que le réchauffement climatique produit par l’homme est une chose réelle et dangereuse, on choisit de répondre comme si le monde allait continuer.

En pratique cela veut dire cesser d’imaginer que moins d’un milliard d’occidentaux imposeront leur frugalité confortable, et nouvellement découverte, à six milliards d’hommes et de femmes aspirant au même confort. On peut, on doit, restreindre son comportement, mais l’Occident, si prompt à se flétrir pour son colonialisme, ferait bien d’appliquer la critique habituelle à ses leçons de morale récentes.

Et puis une fois qu’on admet que les Chinois ou les Indiens pèsent plus dans l’équation que les vertueux dont l’existence se déroule en moyenne à 14 degrés celsius, cela veut dire imaginer d’utiliser les outils à notre disposition et agir dans ce sens : le capitalisme, l’industrie, et la recherche.

Je veux dire qu’il y aurait à demander à ce que la taxe carbone existe à n’importe quelle maille possible, et qu’elle soit structurée pour être robuste et compatible avec les mécanismes de marché. C’est à cela que sert le capitalisme, mais sur ce point, les rues sont vides de nos militants.

Ensuite, il y serait utile de manifester pour la relance massive du nucléaire – et oui, il y a des risques à agir, mais il y a des risques plus grands à ne rien faire. On pourrait par exemple faire des choses qui paraissent contre nature aux bonnes âmes, comme de militer auprès de Donald Trump ou d’Angela Merkel pour que soient relancées les constructions d’unités de production. C’est à cela que sert l’industrie.

Et puisque c’est la guerre, il y aurait à exiger un nouveau projet Manhattan qui vienne financer la recherche par exemple sur le stockage énergétique et sur la capture du carbone. Mais où sont les militants qui apostrophent le pouvoir dans le sens de l’ingéniosité humaine ? C’est pourtant à cela que sert la recherche.

Il faudrait en résumé croire plus au génie de l’homme qu’à sa perversion, et cesser de rêver de pureté adolescente pour entrer dans l’âge adulte de la boite à outils.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s