Ni une projection, ni un projectile

IMG_2294.jpg

Si la majorité de la poésie connue est tombée dans le domaine public c’est bien le signe qu’on a cessé d’en écrire. La réaction la plus naturelle qui fut trouvée face à cette désertion consista à substituer au verbe la densité d’un contenu : on a dit des choses et on en a dit beaucoup pour convaincre et séduire.

Mais la pauvreté affleure dans chaque discussion car il ne s’agit pas de convaincre ni tant de séduire mais d’ouvrir une possibilité. « Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant » disait Apollinaire. Notez l’accent sur le « où ». Notez-le d’autant que son absence ouvrirait cette porte d’une façon différente, et avec un désespoir accru. Il est – je crois me rappeler – dans les brouillons du poète, une version qui ne porte pas l’accent et ce qui reste à voir en est l’hésitation : « ouvrez-moi cette porte ou je frappe en pleurant ».

Vous voyez mieux, vous commencez à comprendre. Et grâce au langage chaque chose anciennement certaine est maintenant ouverte. Il se trouve que l’on s’adresse aux gens à travers un hygiaphone et quand il s’agit de les rassembler on utilise un porte-voix. Mais pour certains, pour nous tous en vérité, ce qui nous anime est la nostalgie du murmure, et avant tout, l’idée que le langage ne soit ni une projection, ni un projectile.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s