Tragic but distinguishable postwar states

C’est devenu un luxe de feuilleter les pages de papier
D’un livre qu’on aurait pas encore acheté.
Cette flânerie matérielle s’achève de notre vivant :
Elle n’aura plus d’endroits.

Nous pouvons bien accuser nos pères d’avoir quitté
Les premiers, le monde analogue. Ils le firent de bonne foi,
Croyant reconduire le geste de chaque génération avant eux,
Pour que nous soyons nés innocents dans une richesse accrue.

Le livre que j’ai feuilleté debout était une biographie
De John Von Neumann, où j’ai appris qu’il avait
Cru plus « terrible » l’invention de la machine digitale
Que celle de la bombe atomique.

« Contre la maladie du progrès il n’y a pas de traitement », on se soumet.
Sur une page qui traitait de la théorie des jeux qu’il inventa,
J’ai lu les mots d’Herman Kahn qui n’eut d’autre choix que
De penser dans la langue du maître :

Tragic but distinguishable postwar states,
Will the survivors envy the dead ?

En sortant de la librairie, j’ai relu la table dont c’était la légende
Et qui donnait les millions de morts.

En face, il y avait le temps qu’ils prendraient,
Pour revenir nous châtier.
Je suis rentré chez moi et j’ai lu le reste,
Il faudrait un dieu plus subtil dans l’âtre.

Crédit image : Herman Kahn

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s