Surplus de langage, surplus de faits

On peut s’entendre sur le fait que les gens ont envie de certitude, ils préfèrent conclure sur un sujet et, pour Flaubert, il s’agissait de la définition de la bêtise. D’un coté il y aurait les faits et de l’autre les questions qu’on se poserait. La certitude serait atteinte lorsque les faits répondent aux questions posées, ou lorsqu’on aurait pas l’imagination de poser d’autres questions, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Et tant qu’il y aurait autant de questions que de faits, ou même plutôt, tant que la proportion entre les unes et les autres resterait identique – même si toutes nos questions n’étaient pas répondues – notre niveau de certitude serait inchangé. Mais que se passe-t-il quand il y a brusquement trop de faits, ou trop de questions ?

Quand il y a trop de faits, l’envie de certitude ne disparaît pas pour autant. Dans les périodes courageuses, quand il y a trop de faits, des questions nouvelles apparaissent et créent avec elles le langage permettant de comprendre le surplus de faits et d’agir. On révolutionne la physique, on créé la France libre qui fut d’abord un acte de langage. Dans les périodes paresseuses, on ignore simplement les nouveaux faits, on met la réalité sous le tapis, le plus longtemps possible. Les démocrates disent que Trump a gagné en 2016 sans raison, les faits n’entrainent aucun ajustement significatif de la pensée, on reste tout à fait certain de ce que l’on savait.

Quand il y a trop de questions et que notre langage est trop volumineux, dans les périodes courageuses, on cherche des réponses ancrées dans la réalité et non pas dans le langage. On ne se paie pas de mots. On se demande pourquoi on irait pas sur la Lune et on y va. Dans les périodes lucides, on établit de nouveaux faits, on éteint les questions avec la réalité. Dans les périodes lâches, on invente une réalité qui vienne valider le langage nouveau. On dit par exemple que Trump a perdu en 2020 puisque les démocrates ont triché et on vit dans cette réalité alternative.

Crédit image : Ray H. Mercado

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