Depuis des mois, je navigue sur une mer traître

Est-ce du fait d’un partage fixe des âmes et triste de la fortune qu’on se retrouve entouré de gens persuadés d’avoir raison ? Depuis le début du XXIème siècle, les circonstances jettent leurs brouillards, et produisent les évènements inattendus devant lesquels le plus prévoyant se voit réduit à l’expédient. Pourtant à mesure d’un vote imprévu, à mesure d’une pandémie prévisible, à mesure d’un ensauvagement lent, se forment les camps de vertu, et de vertu certaine. Qu’est-ce qui nous rend si fiers de ne presque jamais rien voir à temps ?

La vie surprend. C’est sa principale caractéristique : la réalité informe absolument et fait baisser les yeux. Ainsi, malgré les modèles tournant dans nos têtes, exister implique de revoir leurs hypothèses. A l’honnête, je pose la question suivante : quelles hypothèses avez vous récemment revues ? Nous disparaîtrons de s’habituer à être dans son droit comme on serait dans une maison de paille : Charles Péguy craignait les âmes habituées plus que les âmes perverses.

Depuis des mois, je navigue sur une mer traître et j’endosse parfois les habits de mes anciens adversaires, j’aimerais connaître comment ils envahirent si bien le pays. Il manque dans nos équations récentes de respecter les gens, les pauvres gens et tous les autres de même, mais les gens qui m’indignent en premier. Car je veux dire qu’ils sont hommes avant d’être du lieu, de la race ou de la coutume, et je sais qu’ils m’indignent car je ne possède ni mon lieu, ni ma race, ni ma coutume.

Nous ne pouvons continuer à croître sans inquiétude dans « la grammaire des formes de vie » au détriment de nos toits sur nos têtes, de notre nourriture sur notre table, de nos enfants dans nos écoles, de nos salariés dans nos entreprises, de notre joie dans notre coeur. Il y a là un éloignement vers un pays de respect factice, où la parole séparée remplace la charité communale des hommes. Je dis qu’il manque la charité – qu’il manque la totale et difficile solidarité des adversaires – et que, sans elle, ce sera la guerre par le fer, par le droit ou l’assignat.

Une réflexion sur “Depuis des mois, je navigue sur une mer traître

  1. Très intéressant ton article. Tu tiens la un sujet: réfléchir sur les formes de vie. J’avais lu il y a qq temps un livre sur ce sujet qui m’avait beaucoup interpellé sans en avoir tout compris…chez moi c’est une habitude! Bises et à demain

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