Socrate

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Il paraît qu’on ne peut discuter des cultures et de leur valeur relative. Mais notre période qui se pense vertueuse se trouvera surement placée sous le régime de l’interpellation par les historiens du futur. Je dis cela puisque toute idéologie arrivant en dernier dans la file des prétendantes se permet de mettre à la question n’importe quelle autre plus ancienne. Pour prendre un exemple récent – je viendrai à mon point plus tard – l’écologie fondée sur la décroissance convoque devant son tribunal le spectre tout entier du libéralisme économique pour le condamner de façon définitive.

Mais les arguments de la jeunesse, pas plus que ceux de l’ancienneté, surtout quand ils sont appliqués aux idées sociales, ne peuvent emporter la décision sur leur valeur. Et donc il faut aussi admettre que l’idéologie de la décroissance fut remise en cause par le capitalisme. Il se trouve qu’un tel questionnement à rebours paraît pour les tenants de la décroissance, relever du blasphème.

L’asymétrie des vulnérabilités nous éloigne de la vérité ; nous devrions nous inquiéter des hiérarchies construites sur l’intimidation. Il y a soixante-dix ans, il ne faisait pas bon critiquer le communisme puisqu’il avait gagné la guerre et qu’il était le plus récent des espoirs. Aujourd’hui nous faisons encore les malins, et nous construisons de nouveaux ramparts autour de nouveaux totems qui s’appellent décroissance, écologie apocalyptique, ou théorie du genre pour prendre sur d’autres thèmes.

Pourtant, nous avons surement en tête que la recherche de la vérité humaine repose sur une solidarité très simple : encerclée de militants des idéologies les plus diverses se trouve la foule des gens du commun, qui au mieux adhèrent à certaines avec mesure, et au pire n’en ont aucune. Ils sont solidaires avant tout dans leurs modérations et dans leurs doutes. Et ils attendent des systèmes une vie qui soit meilleure ; ils n’ont les moyens d’en récuser aucun et n’imaginent pas de se passer de certains. Qu’on ne fasse pas ici d’erreur facile. Il ne s’agit pas de dire qu’il y aurait de pensée moyenne issue du barycentre des conversations. Il n’y a pas de pensée “moyenne” car certaines choses sont vraies, et certaines choses sont fausses. Mais il y a en revanche une approche des systèmes de pensée qui ne leur donne pas plus de crédit que celui qui correspond à leur faculté d’un dialogue rationnel avec les systèmes concurrents.

Voilà où je veux en venir par ce trop long détour. Cinq cent ans avant notre ère en Grèce, a commencé un dialogue autour d’hommes qui croyaient en un système appelé Raison et qu’il s’est agi de suivre jusqu’à ce jour. Pour seule idéologie, Socrate exigeait qu’on réponde à ses questions ; en vérité, que l’on réponde à n’importe quelle question et surtout à celles de son adversaire, que celui-ci entende la réponse et réponde à son tour. Je vois aujourd’hui qu’on admet que l’adversaire fut sourd et laisse Socrate parler seul ; il n’est pas évident à mes yeux qu’on accepte sa manière de retenir la manche dans les cohues les plus récentes.

Crédit image : Pier Francesco Mola/Socrate

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