« A certaines heures, la campagne est noire de soleil »

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Une mère a dévoilé à son fils le principal secret : ce travail n’est jamais fini.
Il entendra la même chose des gens pour qui il travaille au cours de sa carrière.
Mais il sait que les mots n’ont pas le même sens et un jour il croira avoir entendu la même chose de son épouse.
Il sait que les fous disaient la vérité au Moyen Age avant qu’on les écoute d’un lieu séparé.
Il apprit très tôt dans un magazine laissé dans une salle d’attente
Le cliché de l’homme qui part chercher des cigarettes et reparait vingt ans plus tard.
Il se dit que la réapparition est plus mystérieuse que la disparition
Et qu’il faut imaginer chez chacun le fil d’un cerf-volant attaché au ventre.
Aujourd’hui, comme plus personne ne fume là où il vit,
Il imagine que cette fable se tiendrait en Europe et participerait des contes médiévaux du vieux continent.
Ou bien alors qu’il faudrait imaginer d’autres choses banales, prétextes à ces achalandises.
Il sait aussi qu’il est devenu impossible de disparaître sauf à disposer
Du concours de l’Etat dans ces programmes mal nommés.
Car après tout que veut on dire quand protéger un témoin consiste à le faire disparaître ?
A cet égard, lorsqu’il s’agit de disparaître, à la différence du décès, il sait que le travail n’est jamais fini
Et qu’il eut besoin de la vie entière pour traverser la cour de l’oubli.
Son corps natif lui semble achevé depuis sa naissance ou plutôt depuis son dernier souvenir.
Il ne se souvient pas d’une jubilation antérieure à celle offerte par son corps actuel.
Sauf au moment où il est plongé dans l’eau et après une longue période de nage intense.
Dans l’eau, l’idée d’achèvement lui paraît tout à fait incongrue et quand il nage dans un bassin fermé,
Revenant sans cesse à ses bords, il a l’impression de s’éloigner
De concepts plus incandescents, et des étoiles, et du feu. Pourquoi lui avoir appris une leçon aussi large ?
Il y a bien des choses qui se terminent, en bien ou en mal, après tout chacune se consume.
Il pense à sa mère et se fait la réflexion en tournant la clé dans la serrure,
Quelle gâchis impossible et comment elle n’a aucune idée d’éteindre une étoile pour y trouver le repos.

Titre tiré de Noces d’Albert Camus 
Crédit image : Richard Gerstl

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