Un air de famille

Je veux dire une parenté obscure qui va au delà de l’incipit entre le « Pereira prétend » et le « Je me souviens ». Car il y a dans les deux cas, du texte d’Antonio Tabucchi ou de celui de Georges Perec, une résistance de l’individu au régime indifférent de la main courante et à celui du procès verbal, qu’il soit organisé par les tiers ou par soi même.

On objectera qu’il s’agissait toujours d’écrire le récit d’une expérience sensible, fut-elle réelle ou bien romancée. Certes, mais l’enjeu des protagonistes – des personnages en question – aura d’abord été la résurrection de ce qui aurait du se perdre. En vérité, de ce qui se perdra toujours : de ce qui se perdra de toutes façons.

Qui s’exaspère dans le flot des biens et des affaires ressent avec assez de certitude comment l’autonomie est l’unique soutien de son vide. Et face aux rouages de l’accumulation qu’il engrenne, il veut aussi compter les manières du souvenir, de choses communes qui n’auront pas d’histoire. Pour ceux qui y sont attentifs, pour ces gens là, toutes les pages de leur vie sont cornées pour mémoire.

Crédit image : Léonard de Vinci – liste de courses à un serviteur illétré

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