Ma Desheng

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Je retourne à Paris dans quelques jours, et je pense à la bibliothèque que j’ai laissée dormir au 61 rue de Rome. La mode est à la construction de murs, alors j’avoue, j’ai bâti depuis que j’ai quinze ans, un mur entièrement consacré à la poésie. Je voulais moi aussi garder à distance quelque chose d’essentiel puisque cette collection commença par une opposition au vers classique.

Renée, libraire du Divan anciennement sise à l’angle de la rue Bonaparte et de la rue de l’Abbaye, fut ma Béatrice. Elle me dirigea vers les auteurs émergents qui cherchaient le nouveau et rejetaient la forme. Renée est morte il y a cinq ans, peu après mon départ aux Etats Unis, je l’ai appris en lisant au hasard les commentaires d’un lecteur sur le site des Editions POL.

Voici que me revient à la mémoire un ouvrage de Ma Desheng quelle me conseilla il y a plus de vingt ans. Google retient de l’ouvrage la citation suivante : « Les singes ont érigé des arcs de triomphe pour fêter le jour où les hommes redeviendront singes cette fleur est bien rouge encore une page et moi je reste les yeux fixés sur ce mot qui est le mien comme il doit faire frais sur cette île au milieu du lac le fleuve Bleu et le fleuve jaune sont deux lacets abandonnés dans la terre jaune l’Himalaya dresse comme des seins blancs sur la terre du ciel noir l’œil ne voit plus les limites révolu encore révolu la mer de plus en plus noire de plus en plus transparente encore un coup d’horloge tout est redevenu un. »

Vous venez de lire un extrait de la vingt-troisième heure de « Vingt quatre heures avant la rencontre avec le dieu de la mort ». Il est difficile d’oublier un tel titre. Et si je m’en souviens aujourd’hui, je m’en suis aussi souvenu quand j’ai vu le film de Spike Lee, « the 25th hour » et je m’en souviens à pas réguliers quand je constate la répétition des dissolutions qui nous sont promises par les barbares. Disons que je n’oublie pas comment le trafic avec la mort se perpétue à notre corps défendant.

Il y a un choix cependant. Celui de garder espoir, à la manière d’une exploration têtue des facultés ludiques offertes par le monde : la joie est une exploration des possibilités. Celui d’aimer en frère, qui chemine à l’unisson. La religion fondée sur l’imitation amoureuse ne peut être accessoire. Sur ce point, elle règne. Celui enfin de mépriser sa manifestation au monde et par cette décision, cesser d’appartenir à l’espèce. Ce choix là est une facilité, une collaboration pathétique avec une illusion que l’on s’est soi même construite. Car nul dieu ne nous dispensera des vingt quatre heures qui précèdent sa rencontre.

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