Education

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Je mesure tout à fait ce que nous avons gagné à la professionnalisation séculaire de l’enseignement et de la recherche. Il est impossible de nier que d’avoir sorti et l’un et l’autre du giron du prince ou du prêtre aura conduit d’une part à une montée générale du niveau d’éducation – et peu importent les évolutions récentes, il s’agit de considérer une période d’une centaine d’années au moins – et d’autre part à l’accélération cumulative du savoir.

Mais je sais aussi qu’aux temps de croissance économique nulle, la valeur de signal de l’éducation aura pris une part disproportionnée dans les considérations de choix. J’ai tout à fait profité de cette circonstance, ayant eu la chance laborieuse de rejoindre une des écoles qui vous offre à vingt ans, un statut et un succès. 

Panofsky dit quelque part que la « mélancolie n’est pas tendue vers un objet qui n’existerait pas, mais vers un problème qui ne peut être résolu » et je vois en effet une mélancolie du savoir pour la catégorie de gens à laquelle j’appartiens.

Je veux remercier mes maîtres de m’avoir dit lors de leçons sur le contrôle optimal qu’il n’y avait généralement qu’une idée à bien comprendre à chaque étape et que le reste relevait de l’étude. Je remercierai ceux qui m’initièrent à la théorie des groupes et par lesquels j’ai pu contempler cette météore que fut Evariste Galois ainsi que l’ampleur du trajet qu’il eut à accomplir. Je remercie tout autant celui qui montra au tableau qu’une collection devenait une température et que la physique statistique faisait en une équation dûe à Boltzman, d’une multitude, une matière.

Grâce lui soit donc volontiers rendue mais la vérité est que je dois aussi remercier l’institution pour d’autres choses qui relèvent du mondain, celles qui m’ont permis de rencontrer et de convaincre par le simple fait du statut. Il y a une phrase particulière dans la Marseillaise qui me revient à l’esprit en écrivant ces mots, « nous entrerons dans la carrière, quand nos ainés n’y seront plus, nous y trouverons leur poussière et la trace de leurs vertus ».

Je suis entré dans la carrière. Et mes témoins sont prêts à dire que j’avais plus de goût pour l’esprit que l’intrigue, il n’en reste pas moins vrai que les labels de l’éducation comptent plus aujourd’hui que l’aventure des savoirs qu’ils représentent. Et mes ainés eux aussi faisaient partie d’une famille. Je crois tout de même qu’ils surent pour un temps que je fais débuter à la Révolution Française et finir dans les années 1980, rester des aventuriers.

Je suis venu chercher ici la sortie d’un statut et voir donc l’intérêt du jeu quand il se joue à mains nues. Et quand je parle à ma fille ou mon fils, je leur dis que peu importe le dossard qu’ils pourront porter, il s’agit d’abord de courir au plus près de son souffle.

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