Deuxième petite fable économique  

J’ai commis ailleurs une fable simplificatrice destinée à illustrer l’impact du progrès technique sur la répartition des richesses (https://fredericbenque.com/2013/12/15/petite-fable-economique/).

Suite à un débat concernant les mérites des modèles respectifs entre innovation interne aux grosses sociétés et innovation engendrée au sein des start-ups, je me permets de récidiver dans la simplification abusive. Voici.

Supposons un Pays où n’existent que dix Grosses Sociétés. Imaginons que le Pays achète la totalité de sa nourriture à GroSanto, la Grosse Société responsable de la nourriture :

  • Tous les ans, le Pays achète 100 de nourriture à GroSanto ;
  • Par hypothèse, l’industrie alimentaire engendre une marge de 40%, donc GroSanto encourt des coûts de 60.

Une innovation, appelée Innovation Radicale permet de réduire les coûts de 60 à 10, soit un gain de 50.

Il s’agit d’une innovation de processus fondée sur l’utilisation optimisée de ressources à l’aide de big data, d’utilisation de la philosophie allemande et de logique floue. Elle ne peut donc pas être brevetée, mais nécessite un ajustement de la loi et des règlements, ajustement qui une fois effectué, permettra à chaque société de l’utiliser.

On suppose à cet égard qu’une fois introduite, elle sera copiée par les autres Grosses Sociétés qui prendront alors chacune une part de marché identique.

Quelle est l’équation économique de GroSanto :

  • Elle peut décider de ne pas mettre en œuvre l’innovation, et dans ce cas, elle recevra ad vitam aeternam un profit de 40. Sur 10 ans, cela représente 400 de profit ;
  • Elle peut décider de mettre en œuvre l’innovation, et dans ce cas, les prix de la nourriture s’ajusteront pour refléter la baisse des coûts, soit une baisse de 50. L’industrie alimentaire fera un profit maximum de 40% x (100 – 50) = 20, dont GroSanto recevra un dixième soit 2 comme les autres Grosses Sociétés ;
  • Dans ce cas, sur 10 ans, GroSanto aura engendré un profit de 20, soit 20 fois moins que dans le cas où GroSanto n’introduit pas l’Innovation Radicale ;
  • Pour les habitants du Pays, le prix de la nourriture s’établit à 50, ce qui représente une réduction des coûts alimentaire de 50% par rapport à la situation précédente.

Que conclure ? Chacun de ces paramètres peut être ajusté, mais l’enseignement est simple.

C’est le dilemme de l’innovateur appliqué au Pays tout entier : une innovation qui bénéficie à tout le monde, n’est pas mise en œuvre du fait de son impact sur la société qui en maîtrise l’émergence.

Introduisons maintenant PetiSanto. PetiSanto est une société qui a été capable de mettre au point l’Innovation Radicale sans investissement notable. Quelle est l’équation économique de PetiSanto :

  • Elle peut ne pas introduire l’Innovation Radicale, mais dans ce cas là, elle n’a aucune activité GroSanto ayant tout le marché. Son profit est nul ;
  • Elle peut introduire l’Innovation Radicale, prendre 1/11 du marché (les 10 Grosses Sociétés et elle se partagent le marché à parts égales) ;
  • Sur 10 ans, elle fait donc à peu près 18 de profit (l’industrie alimentaire fait 20 de profit dans son ensemble par an, comme dans le cas précédent, PetiSanto en capture un onzième, sur 10 ans cela représente 20×10/11, soit à peu près 18) ;
  • Les habitants du Pays bénéficient d’un gain de 50 sur leur nourriture dès la première année.

Pour le Pays, la politique à mener semble évidente, il s’agit de permettre à l’innovation d’émerger au sein de sociétés de petite taille afin d’être portée par ces sociétés et d’éviter les stratégies d’inertie tactique que pourraient suivre les plus grosses entreprises.

Cette situation est d’autant plus susceptible de se produire du fait de la nature des innovations actuelles. Nombre d’entre elles reposent sur une nouvelle manière d’organiser les ressources plus que sur de la recherche fondamentale. Dans ce cas, les sociétés ayant une influence sur le cadre régulatoire du pays sont plus à même d’empêcher l’émergence des innovations.

C’est évident. Et pourtant par exemple récemment, l’incapacité de la France à gérer les transitions entre régimes économiques couplée à la capacité de lobbying des sociétés installées, aura conduit à limiter l’émergence des VTCs, innovation de processus qui profite à tous.

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