Le post “antisioniste, tu perds ton sang-froid !” m’ayant valu quelques remarques ayant toutes plus ou moins trait à cette idée qu’Israël serait à la fois éminemment critiquable, et cependant impossible à interpeller du fait d’un chantage à l’antisémitisme, j’ai cru bon d’ajouter un codicille.
Si je considère la critique de la politique d’Israël, par quiconque, comme salutaire, il va sans dire que je ne concèderai rien à l’antisionisme, dont je tiens la logique comme relevant par charité de la confusion intellectuelle lorsqu’elle reste innocente, coupable de mauvaise foi lorsqu’elle est affirmée et de la dissimulation antisémite lorsqu’elle est prosélyte. Mais je ne vais pas y revenir ici, (Antisioniste) reflète assez ce que j’en pense.
Cette réserve effectuée, il me paraît utile, dans la mesure où l’on estimerait pertinent de s’exprimer sur le conflit israélo-palestinien, d’avancer à visage découvert. Et cette règle je l’applique à moi même. J’ai dit ailleurs mon peu de considération pour les visions manichéennes, notamment celles qui portent sur une situation dont le métabolisme aura fini par créer son idiosyncrasie (Tiers-exclu), aussi je ne chercherai pas à distribuer les torts mais seulement à identifier quel équilibre cet « écosystème » pourrait atteindre.
On m’accusera de ne dire rien de neuf – c’est que beaucoup a été dit, et par bien plus savant, c’est aussi que cet équilibre est, par définition, contenu dans les forces qui en forment la dynamique – mais au moins aurais-je été franc. Trois choses me paraissent souhaitables tout en étant possibles, les voici :
- Les Palestiniens doivent disposer d’un Etat distinct de celui d’Israël sur lequel ils seraient souverains et dont les frontières seraient peu ou prou celles établies à partir des lignes de cessez-le-feu arrêtées en 1967 (la question du Golan ne devant être traitée, si elle devait être traitée, qu’avec la Syrie). Ce nouveau pays pourra décider, suivant sa politique d’immigration, d’accueillir – ou pas – les Palestiniens de la diaspora qui en feraient la demande. La souveraineté sur Jérusalem serait partagée. Si la bande de Gaza ne pouvait être intégrée à cette nouvelle entité, elle deviendrait indépendante, on verra bien si ses habitants décident de rester sous la coupe de fascistes ou bien de voter avec leurs pieds ;
- Israël peut rester le seul Etat qui choisit d’accepter comme citoyen quiconque se réclame d’appartenir à la communauté juive. En cela, Israël est un Etat sioniste. Israël peut librement décider de sa politique d’immigration, à l’instar de l’Etat Palestinien ou de tout autre nation sur la planète ;
- Les citoyens d’Israël doivent disposer des même droits quelque soient leurs origines. C’est un des points sur lequel le débat semble faire rage et qui fait dire à ses détracteurs que le pays verserait dans un apartheid qui n’avouerait pas son nom. Je ne considère pas que les lois d’Israël soient discriminatoires, en revanche de très solides progrès restent à faire avant que l’égalité puisse être l’expérience effectivement vécue. L’honnêteté pousse à constater qu’un écart entre la théorie et la pratique de l’intégration n’est pas unique à Israël et que, de surcroît, le pays a, pour son malheur, la circonstance atténuante de devoir organiser l’équanimité de sa république dans une situation de tension permanente.
Puisque Netanyahu cristallise sur sa personne une grande part de l’opprobre dont les observateurs critiques gratifient Israël, je finirai par un point d’ordre politique. Je n’ai pas non plus une grande sympathie pour une coalition gouvernementale qui accepte, et compose avec, les représentants de partis religieux. Je n’estime en revanche pas avoir assez de profondeur de vue pour savoir de façon certaine si Netanyahu ne pourrait être in fine celui qui permettra à l’équilibre que j’ai décrit de devenir une réalité. Aussi suis-je toujours surpris de voir des personnes encore plus éloignées du sujet que moi, exprimer une certitude si ancrée du contraire.
J’ai envie de rappeler que du fait de la nécessité d’assurer la sécurité, l’impératif de paix pèse en vérité sur les premiers ministres d’Israël de façon absolument catégorique. Au delà de ceux qui reconnurent la paix comme leur ligne politique invariable, on compte, et de manière presque égale en terme d’impact, parmi les plus belliqueux, ceux qui choisirent de tendre la main, comme Begin avec Sadate mais aussi finalement Sharon, avec le retrait unilatéral de Gaza. Méconnaître cette réalité, conduit à ce que toute évolution significative de la position d’Israël en faveur d’une résolution du conflit apparaisse comme une divine surprise pour certains observateurs, ou autrement dit, pour les mêmes, à ne rien comprendre.