Antisioniste, tu perds ton sang-froid !

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Si je prends la liberté de développer le raisonnement qui suit, c’est que j’ai du le tenir avec ceux dont j’attendais la posture mais aussi avec ceux, moins prévisibles, dont je n’imaginais pas qu’ils puissent se perdre dans l’infernale mauvaise foi des autres. De deux choses l’une :

  • Soit l’antisionisme consiste à contester l’existence de l’Etat d’Israël et dans ce cas, cette idéologie doit être considérée avec autant d’égards que celle qui trouverait illégitime l’existence de la France, l’Iran, les Etats Unis ou de tout autre pays reconnu par l’ONU. J’attends l’arrivée des antifrancistes ou des antiiranistes (antïranistes ?), pour cesser de rire. Et précisons ici qu’il ne s’agit pas pour l’antisioniste dégrossi entre les oreilles d’exciper du caractère contesté des frontières d’Israël – d’autres pays connaissent la situation similaire d’une définition problématique de leurs cartes –, ni d’une origine supposée artificielle et récente : à cette aune, la République Tchèque, la Slovaquie, la Croatie, et bien d’autres auraient encore moins le droit d’exister qu’Israël ;
  • Ou bien l’antisionisme revient à refuser et combattre l’oppression des populations arabes ou musulmanes. Mais dans ce cas là pourquoi inventer un mot plutôt qu’utiliser le vocabulaire actuel ? Pourquoi ne pas se réclamer de l’idéologie progressiste, ou si l’on veut, anticolonialiste, voire antifasciste (mais il faudra se boucher très hermétiquement les oreilles pour ignorer le vacarme bavard et continu de la Knesset et garder un regard singulièrement fixe pour traiter Israël de dictature sans lorgner ni à l’Ouest, ni à l’Est de Tel Aviv). Et alors pourquoi ne réserver son courroux qu’à Israël et refuser d’élargir le champ de son indignation à la litanie de populations arabes ou musulmanes oppressées : celles de Syrie, d’Egypte, de l’ensemble du Maghreb ou d’Iran ?

Une fois posé sur cette bascule, l’antisioniste cherche généralement son équilibre et défouraille son OBJECTION-MAÎTRESSE : le sionisme serait une idéologie essentiellement religieuse qui consiste à opprimer un peuple au motif d’une foi différente. Voyons donc.

Passons à nouveau sur le fait qu’il y a un nom pour l’opposition à une telle idée : l’anticléricalisme (cette langue est décidément sans pitié, mon bon monsieur). Passons aussi en glissant sur le fait que si l’oppression religieuse est la cible, il n’y a pas de raisons d’ignorer les dictatures religieuses d’Arabie ou d’Iran – et même pourrait-on dire, il y a toutes les raisons de commencer par elles vu le pain de misère qu’elles trouvent indéfiniment la ressource de pétrir –.

Considérons que le sionisme fut d’abord l’ouvrage de juifs séculaires, de gauche, du début du vingtième siècle, et que les premières manifestations de l’installation d’un foyer juif en Palestine ne furent pas marquées du sceau de la prière mais par celui, plus sanglant et moins transcendant de la survie de ceux qui avaient subi une très sévère et très définitive crise de foi quelque part en Allemagne, en Pologne ou en Ukraine. D’ailleurs, si il fallait enfoncer le clou, rappelons enfin l’existence de rabbins orthodoxes fermement opposés à l’existence d’Israël, on les voit de temps en temps s’asseoir aux cotés d’antisémites notoires ; ils sont faciles à distinguer : ils portent des signes religieux ostentatoires.

Mais alors nous interroge, incrédule, l’antisioniste à l’exercice, il serait impossible de critiquer la politique d’Israël ?

Et si, « c’est possible » comme dirait la SNCF. C’est même nécessaire comme l’autorise le fait que nous partagions dans l’ensemble des pays où règne la liberté d’expression une compréhension similaire du socle de droits civils dont chacun devrait disposer.

Car vous pourrez, puissant ou misérable, réaliser sans crainte ce tour élémentaire, dans le secret de votre chambre comme en place publique : il suffit de critiquer la politique d’Israël. Point besoin pour autant de travestir cette critique d’une idéologie logiquement inconsistante (voir plus haut), ni d’inventer des mots qui ne reflèteraient rien d’autre qu’une hystérie mal contenue (idem). Il n’est pas d’exception à ce théorème, chers antisionistes inauthentiques : « mal nommer les choses consiste à rajouter aux malheurs du monde. »

4 réflexions sur “Antisioniste, tu perds ton sang-froid !

  1. Peut-être n’as-tu pas entendu un autre argument-massue de l’antisioniste bobo et intello : contrairement a tous les pays que tu cites, qui briment effectivement leur propre population et qui sont des dictatures avérées, Israël est unique dans le concert des nations car c’est un pays qui est (ou prétend être) une démocratie, qui dit (ou prétend dire) avoir des « valeurs », mais qui, pourtant, opprime une population étrangère.

    L’antisioniste bobo veut donc par sa protestation et son antisionisme aider Israël (et non le combattre) a retrouver sa véritable identité en reconnaissant ses torts, rien de plus !

    L’antisioniste bobo ne voit pas l’intérêt de s’insurger contre la Syrie, l’Iran ou d’autres pays du même genre, car tout le monde sait très bien que ce sont des dictatures ignobles dont il n’y a rien a attendre. Le seul pays au monde envers lequel on peut légitimement formuler des attentes et que l’on peut espérer remettre dans le droit chemin, c’est, bien entendu, Israël.

    How convenient, comme on dit aux USA…

  2. Pingback: Codicille | Frédéric Benqué

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