La regulation

Les introductions en bourse prochaines des entreprises occidentales animant le marché de l’IA vont jeter une lumière renouvelée sur la régulation susceptible de leur être appliquée. Si la régulation est l’irruption de l’intérêt général dans le concert des intérêts particuliers, il s’agit de comprendre qu’elle poursuit deux buts très distincts.

Tout d’abord elle vise à limiter les situations d’oligopoles collusifs, soit qu’elle empêche certains actes commerciaux, ou bien qu’elle interdise les fusions susceptibles d’augmenter le pouvoir de marché des entités combinées au dela d’un seuil, ou encore qu’elle assure l’entrée libre d’un marché.

Dans tous les cas de figure, il s’agit de combattre les trois effets de l’oligopole (respectivement de l’oligopsone, du monopole, ou du monopsone) que sont des prix trop élevés, une offre réduite, et enfin, une innovation empêchée.

Mais, comme la royauté dont elle partage l’étymologie, la régulation possède elle aussi un deuxième corps, au pragmatisme moins direct.

Le progrès technique, contre lequel rappelait John Von Neumann en pleine guerre froide « il n’y a pas de remède », possède la caractéristique première de rendre caduques certaines activités humaines, et d’en créer d’autres, à priori susceptibles d’augmenter le bien être social total. La question de la répartition n’est pas à négliger mais ce n’est pas l’objet de la régulation, c’est celui de la politique représentative.

En s’introduisant dans la dynamique commerciale et industrielle, la régulation ralentit le métabolisme général du progrès, comme le rappelait en son temps Jaron Lanier dans Who owns the future.

En d’autres termes, elle donne du temps, notamment afin que les générations puissent réorienter leur éducation vers l’apprentissage de métiers d’avenir. Cette fonction de la régulation est généralement ignorée par une grande part du commentariat. C’est d’autant plus dommage que dans le cas des technologies émergentes, cette fonction devrait requerir l’attention la plus grande, en tout état de cause bien plus que celle qui vise à réguler des marchés dont la taille et la forme évoluent trop rapidement pour les définir avec précision.

Bien entendu une des questions difficiles est de savoir de combien il est nécessaire de ralentir le progrès. La reponse, qui semble évasive, est : pas plus que nécessaire. Ce qui veut dire juste assez afin de permettre l’adaptation sociale (et il est assez clair au cas d’espèce que ce n’est pas ce que fait l’Europe qui le ralentit trop, ni les États Unis qui sans doute ne le ralentissent pas assez).

On voit ici assez bien comment la régulation consiste en une pyramide d’optimisations, le premier niveau étant celui des prix et des quantités, le deuxième étant celui du maintien d’une société intégrée. En d’autres termes on retrouve une des caractéristiques du monde vivant qui paie généralement d’apparentes inefficacités à court terme, ici les délais, sa robustesse à long terme.

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