Choisir

Ni la mort ni le Soleil ne peuvent se regarder en face selon François de la Rochefoucault, mais voilà que pendant quelques jours on a pu regarder le soleil en face en Californie, l’air s’était tant chargé de particules qu’il était devenu opaque ainsi qu’irrespirable. Donc voilà la mort qui nous regarde, et qui nous regarde tout à fait en face. On dit aussi, et c’est encore la littérature française qui le dit, de Victor Hugo à Albert Camus, qu’une condamnation à mort concentre l’esprit du condamné : il y a des priorités dans une vie ; nous sommes condamnés, voyez vous.

Les imbéciles en tirent des conclusions qui ne surprendront personne, ils disent voyez donc ce que produit le réchauffement climatique et ils ont raison ces imbéciles : ils disent vrai sur l’existence des phénomènes. Mais les imbéciles constatent, les imbéciles constatent toujours et s’indignent toujours. Or voilà que revient le réel en foule et qu’il ressemble à une épidémie, qu’il ressemble à un feu de forêt, qu’il ressemble à un partage de misère, qu’il ressemble à une guerre civile.

Ainsi il faut décider de l’ennemi qu’on combat en premier pour en vaincre un seul et ce n’est pas ce qui est fait par les imbéciles. Les imbéciles ne choisissent pas, ils considèrent les systèmes et ne s’intéressent pas aux mécanismes. Ils mettent en face des idéologies, d’autres idées fixes, et en face des hommes, des slogans. Certes la révolution est une manière de changer le maître, mais qu’on s’emmerde dans une vie limitée par le peu de maîtres, ou dans une vie limitée par le grand nombre, on s’emmerde quand même.

Ce qui importe c’est de ne pas s’emmerder. Il faut choisir, il faut choisir parmi ses indignations pour ne pas s’emmerder plus. Arriveront des gens moins idiots qui seront fatigués d’être coupables ou juges. Et ils diront de leur journée de labeur : voici ce que nous ferons le matin, voici ce que nous ferons le soir, et voilà ce que nous ne ferons pas. Les imbéciles constateront et s’indigneront.

Et pour finir par le début : “ceux qui attendent de la musculature prolétarienne qu’elle vienne confirmer l’exactitude de leur pensée radicale ne diffèrent pas des galonnés faisant donner la soldatesque. La révolution, je ne la cherche pas, j’ai de quoi la trouver en réalisant les plaisirs de vie vers lesquels j’incline sans réserve.” Raoul Vaneigem

Crédit image : inconnu – si vous savez, me contacter.

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