La décroissance, royaume des loups

Winston-Churchill-Franklin-Roosevelt-Joseph-Stalin-Yalta-1945

 

A l’occasion de l’épidémie actuelle, la décroissance est revenue à la fois par la porte et par la fenêtre ajouter à sa très sage biographie. Par la fenêtre puisqu’il est clair qu’un monde qui s’appauvrit ouvre le choix cornélien de se dépeupler ou d’engendrer une misère exponentielle. Par la porte aussi puisque la décroissance serait autant la solution : tout le monde verrait soit disant à cette occasion qu’il puisse se contenter de moins – et peu importe que ceux qui se contentent n’en aient pas eu l’envie, ils feront le bien malgré eux.

Je ne veux pas ajouter pas à la littérature savante qui porte sur la fée décroissante. Je ferai une simple remarque qui trouve, elle, sa confirmation directe sous nos yeux : l’impossibilité de la décroissance est d’abord un problème de théorie des jeux, la décroissance est un cartel de traîtres.

Le traître ici, c’est celui qui profite de la frugalité des tiers pour renforcer sa puissance. La Chine peut bien vouloir toute la décroissance pour ses adversaires, elle construira son marché intérieur et brûlera tous les feux qui lui permettront d’y arriver.

Elle fournira à ceux qui n’ont pas investi dans leur souveraineté, produit direct de la croissance, les moyens apparents de celle-ci, enfonçant plus encore le clou de la servilité : voulez vous donc plus de masques ? Et pour faire bonne mesure, elle dépêchera ses vaisseaux d’intimidation dans les zones qu’il lui plait de mettre sous sa coupe.

Si l’on croit que le traître est lointain, on se trompe, qu’on pense aux Etats Unis employés à voler les équipements sanitaires à leurs alliés, à la république Tchèque à voler les masques destinés à l’Italie, etc. Celui qui aura les moyens de trahir, le fera. Et qu’on ne vienne pas penser qu’il suffirait de faire police des mauvais comportements ; comment le ferait-on si l’on s’est engagé sur le chemin de décroître : le traitre sera aussi le plus puissant dans ce jeu inégal.

Reste l’espoir d’un alignement des mentalités individuelles miraculeusement atteint du fait d’une épiphanie mondiale. Le rêve est joli certes, mais qu’on me pardonne de penser qu’il préjuge d’abord d’une apocalypse, puis d’une lente reconstruction vers un monde différent du notre. Or, comme le disent les physiciens, les choses qui n’existent pas, n’existent pas pour rien. Nous n’avons qu’un seul monde, la chose est entendue. Mais nous n’avons aussi qu’un seul système, patiemment construit, celui de la rareté et la découverte révoltée de son prix, et il s’agit de le modifier plutôt que de rêver à sa destruction par des anges.

Crédit image : Encyclopédie Britannica

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