Sans limites

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On apprend Booz Endormi au collège pour la beauté de sa langue et l’on s’en souvient bien après pour la force de ses détails. Ainsi reviendra-t-il en mémoire comment la coutume de laisser aux glaneurs les coins d’un champ permet la rencontre avec Ruth. Aux temps bibliques, il était d’usage de ne pas mener la moisson au dernier épi ; la chose se justifie dans l’Ancien Testament par charité, ce pilier de la foi qui aura irrigué les monothéismes ultérieurs.

Cependant l’explication par la pitié n’épuise pas – et de très loin – la force du concept suivant, si facilement oublié aux temps mauvais. Si il est interdit de moissonner la totalité de son champ, c’est qu’il y a un coup rédhibitoire à cette exhaustivité : l’infertilité de la saison des hommes. Si Booz ne rencontre pas Ruth, David ne sera pas roi.

Je pourrais lister sans fin les impératifs de carence qui nous furent légués par la foi mosaïque – et partant aussi de manière cruelle, mettre en évidence leur absence essentielle au sein du dernier monothéisme en date, qui se bat d’impuissance rageuse avec ses aspirations totalitaires d’effacement du « soi » dans le « nous ». L’avènement de la réserve métaphysique – du manque, du retrait – n’est pas une chose subreptice, ni faible. C’est un enseignement. Et il n’est pas indifférent que les alchimistes du verbe nous lèguent aussi ce soupçon quant à l’adhésion complète de notre âme à un principe unique ; Ionesco transforma en rhinocéros celui qui cessait de chérir les nuances.

La violence basse qui assaille la France est une ignominie et elle sera combattue en premier lieu par la force. Nos armées et notre police ne comptent pas pour rien face à une bande de brigands islamistes encouragés par une poignée d’idiots utiles et soutenus une brassée de collaborateurs passifs. Nos lois sont suffisantes pour emprisonner les agitateurs de couteaux et elles sont suffisantes pour reconduire aux frontières les agitateurs de haine. Elles devraient aussi suffire à assécher les torrents d’ordures qui s’écoulent des écuries du Qatar et d’Arabie Saoudite. Il serait temps, après des années d’ignorance, et malgré les contraintes du réalisme en politique, de ne plus avoir peur de modifier les termes de l’échange. Et bientôt, lessivé par son Volksturm oriental, l’Etat Islamique sera vaincu et ses combattants renvoyés à leur insignifiance.

Mais j’ajouterais cette chose, car c’est ici que nous nous élevons. Nous sommes au profond du tourment soumis à la question : allons nous verser dans l’imbécillité de la totalité ? Vouloir tout mettre dans le même sac, bannir les musulmans hors de nos frontières (une-idée-à-la-Trump), cesser d’utiliser les Uber de conducteurs affichant une barbe prononcée (ne riez pas, je l’ai entendu), punir sans distinction les parents des terroristes (certains le veulent), c’est moissonner l’ensemble du champ et croire à l’épuisement de l’avenir du mal.

Lors de mon service militaire, j’ai retenu une phrase singulière d’un des commandants. Il disait ceci : « L’usage de la force ne peut être dissocié de l’exercice paranoïaque du doute. Vous le devez aux hommes qui combattent pour vous ». Contre les « englobants » qui nous assaillent, contre la « facilité » qui nous séduit, j’élargis cette leçon et à tout moment, y compris dans la mêlée donc, je m’empêche.

Crédit image : 1962 – le soldat agonisant

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