Le glas

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Depuis la fin du XVème siècle, les clochers sont traités par les armées comme des mines de mitraille. Et l’impératif des batailles entraine que l’on fonde l’un en vue des canons, l’autre pour les balles. Les beffrois qui nous veillent depuis le congé des illusions métaphysiques ne pèsent pas moins lourd que les cloches d’antan. Et ils aiguisent tout autant les appétits des forgerons du siècle.

Donc c’est la guerre et voilà qu’il est tentant que soient fondus à son service les mots qui permettraient d’y voir clair. Le mot de victime qui ne confond pas la blessure ou la mort avec les circonstances du bourreau. Le mot de République qui dit à quoi la victime appartient et ce que combattent ses tourmenteurs. Le mot de culture qui n’égale pas les termes de sa comparaison et sépare celle qui exhibe et grandit, de celle qui escamote et asservit. Le mot de persévérance qui porte en lui la victoire du fait d’une insistance convaincue face à la bêtise, définie en tant que telle. Celui de responsabilité qui sépare le lâche de son environnement de perversion.

Ces mots sont nos glas d’existence, ils sonnent pour nous. Préparons nous à ne plus rien comprendre lorsqu’avec l’avancée du front, ils seront fondus pour en faire des projectiles.

Crédit image : Seth Taras

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