L’ennemi principal

IMG_1524.jpg

Il faudrait passer plus de temps dans nos études de jeunes adultes à démêler la realpolitik d’une de ses variations mortifère que Pierre Rousset appelle « la logique infernale de l’ennemi principal ».

Cette manière de penser fut une sorte de colonne vertébrale du communisme. Elle ne voyait rien à redire à l’alliance avec les segments les plus réactionnaires des idéologies religieuses ou raciales, du moment qu’elle servait la lutte contre l’ennemi principal – c’est à dire l’impérialisme ou le capitalisme – ; avec les mollahs oppresseurs des femmes contre le Shah corrompu, avec les khmers rouges et chantant avec Alain Badiou « Kampuchéa vaincra » à la gloire d’un ordre imposé « à coup de cimetières » en face de l’occident pervers, etc.

Oui il faudrait savoir faire le départ avec la pesée effectuée par les pays démocratiques et qui les conduisent parfois à adopter « leur fils de pute », comme Anastasio Somoza Garcia fut choisi par Franklin Delano Roosevelt.

La logique de l’ennemi principal entraine une adhésion complète du fait d’une opposition commune. La realpolitik, si elle mène à des alliances qui n’auraient pas lieu d’être, ne s’imagine pas faire cause commune au rang des principes : les fils de putes restent des fils de putes, ils ne deviennent pas des camarades.

On trouvera toutes les raisons de vouloir la pureté des âmes mais en vérité, le monde est infiniment sale et il s’agit souvent de choisir sa saleté. D’ailleurs le métier de diplomate n’est pas si différent de celui décrit par Louis Malle dans Le Voleur, la politique internationale est un sale métier qui se fait salement.

J’en étais là, c’est à dire pas très loin et pas très profond quand j’ai lu le Rabbin Delphine Horvilleur affirmer qu’il s’agissait de sortir de « l’empathie prioritaire » et qu’il fallait ainsi recréer les conditions d’une société sereine.

Elle a raison bien entendu, la phrase vient d’un lieu central au judaïsme, celui de la prétention à l’universalité. Mais je crois que ces deux lamentations sont liées par un fil implacable, la logique infernale de l’ennemi principal est cousine de l’empathie prioritaire.

Et si le travail compliqué à l’endroit de la première consiste à devoir séparer la pratique politique (realpolitik) de sa caricature (les ennemis de mes ennemis sont mes amis), le travail compliqué à l’endroit de la deuxième nécessite de savoir à quel point être prodigue de ses sympathies et quand être économe de son acceptation.

Crédit image : Rihardzz/Shutterstock

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s