Notre proie commune, notre proie imparfaite

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Un ami que j’estime m’a dit hier au diner :
Fais donc tes adieux à la République
Le concept a vécu et il y a maintenant autant
De distance entre la théorie et la pratique,
Que celle qui sépare le communisme authentique

De sa réalité de pénurie.

A un moment il s’agirait en effet de se compter,
Et de compter ceux qui autour de la table décidèrent
De retirer leurs enfants de l’école publique,
Ou bien de reconnaître qu’il est faux que nous
Vivions côte à côte, l’homme de bien et celui

Qui cherche son gain dans la « misère du présent ».

Hier au diner, la République avait pris les traits
De l’Atlantide. J’avoue que la critique
Porte, et nos idéaux s’illustrent singulièrement
Dans le département de la farce :
Nul ne peut nier qu’aient été mises en gage

Liberté, égalité, fraternité.

Pourtant j’hésite à quitter le pays,
Et j’hésite à brûler cette vieille chose.
Je continue d’espérer que chacun lutte
Avec ses propres armes pour être une cause
Plus qu’une conséquence. Il y a aussi

Que je manque d’imagination.

Car d’autres mettront la table après moi
Et leurs idées sont nouvelles : les institutions
N’ont pas d’autres fonctions que de révéler
Plus clairement les aspirations populaires.
Leur jeu est d’en détourner l’usage pour congédier

Les castes actuelles sans en nommer de nouvelles.

Mais depuis que la France existe, nous savons
Bien où s’assemblent les reines, et la vaste assemblée
De mondes futurs, d’où vient donc ma nostalgie ?
De loin. Et du verre levé au monde nouveau,
J’espère qu’il puisse être différent et

Que nous n’ayons pas lâché

Notre proie commune, notre proie imparfaite.

Crédit image : ARCO 2015. LANTA

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