Dans le camp des défenseurs d’Israël, il est devenu acceptable d’articuler l’argument qui vient. Israël a déjà évacué la bande de Gaza pour voir surgir une monstruosité avec laquelle personne, ni Palestinien, ni Israélien ne puisse composer ; et dans cette mesure, il serait stupide de reconduire une erreur identique et de négocier l’évacuation de la Cisjordanie.
Je veux dire par honnêteté ce que m’inspire cette paresse. Tout d’abord, il serait temps d’admettre que la colonisation est une infamie dont rien, ni même le fantasme de son temporaire et toxique succès, ne pourrait laver l’injure. Et ceux qui en doutent seraient bien inspirés de relire en détail l’histoire de la décolonisation afin de mesurer mieux l’injustice faite au colonisé et l’hystérie macabre qu’elle engendre chez celui qui l’aura subie. Il n’existe pas de bonne colonisation, c’est une illusion entretenue par celui qui tient le fusil de croire à la gratitude ou la servilité de celui vers qui il est pointé.
Ensuite, puisque les tenants de la thèse affirment que ce serait folie de répéter les causes et d’attendre des effets différents, laissez moi faire mien cet argument de mécanicien de l’Histoire, pour mieux le retourner. Et considérez donc avec moi que la recherche d’un statu quo poursuivie par le gouvernement Israélien depuis plus de dix ans aura conduit à la répétition lassante d’actions militaires marquées par leurs cortèges de soldats et de civils happés par le cercueil. Même inaction, mêmes deuils.
Enfin, je ne peux m’empêcher de voir aussi une intention plus sinistre dans l’idée d’une négociation laissée à la cape. Je n’ai pas une connaissance aussi intime des rouages de la société Israélienne mais qu’attend-t-elle donc de l’idée d’une situation à jamais bloquée ? Les hommes n’abandonnent pas de leur plein gré les terres où ils vivent, pas plus qu’ils n’abdiquent autrement que par le sang au rang de leurs principes. Aucun deus ex machina ne viendra déplacer les populations, et si cela survenait, ignorez vous que « tout l’océan du grand Neptune ne suffira à laver ce sang de mes mains « .
Entendons nous, je n’ai pas la prétention de dire que l’enjeu est anodin : Israel ne peut faire aucune erreur au risque de son existence. Je n’ai pas non plus d’illusions sur le fait qu’il s’agirait de réduire à quia, et c’est en voie je l’espère, la pertinence du Hamas dans cette conversation. En revanche, je ne supporte pas d’entendre du camp auquel j’appartiens, l’argument satisfait de celui qui juge inepte son contradicteur honnête : personne d’autre que les Palestiniens modérés ne s’assiéront in fine à la table de négociation.
