Proportionnalité mon cul

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La vérité soit disant serait la première victime de la guerre. Peut-être mais le premier blessé sérieux est le vocabulaire qui nous sert à la décrire. Lors du récent conflit la mathématique aura fait dépêcher ses brancards pour secourir le terme de proportionnalité, dont on ne sait ce qui l’aura endommagé le plus, entre les invocations à tort et à travers des penseurs progressistes ou bien la confusion arithmétique organisée par les médias.

J’éprouve de la peine à l’écrire tellement il s’agit d’une ineptie mais pour les Diafoirus du conflit Israélo-Palestinien, l’interprétation la plus simple et la plus commune de leur utilisation du terme proportionnel est la suivante : il faudrait être équilibré entre les morts d’un coté et les morts de l’autre ; j’en tue un chez toi, tu as le droit d’en tuer un chez moi, œil pour œil et ta mère.

Si vous avez l’impression d’avoir rencontré le concept quelque part, c’est que vous vous souvenez de la loi du Talion dont les premières traces se trouvent dans le Code Hammurabi, dix-sept siècles avant JC. Pour ma part, quand j’entends l’aile gauche de l’échiquier ressusciter entre les lignes un principe dont Ghandi disait qu’il rendrait le monde aveugle, j’ai envie d’évoquer ce même JC qui nous fit justement sortir de cet archaïsme par les Evangiles en affirmant que la victime est innocente.

Comme j’ai conscience de m’amuser sur un charnier qui n’a pas fini de s’emplir, j’écoute plus avant. Mes amis m’expliquent que j’ai dû mal comprendre. Mais quand ils viennent à développer que, surement, il ne peut s’agir d’une égalité mais plutôt d’une sorte de retenue dans la riposte, je n’entends plus le raisonnement : y aurait-il un ratio acceptable, un mort pour deux ? un nombre d’or de la camarde ?

C’est que le problème est sacrément mal posé, et pour l’asseoir mieux peut-être faudrait-il s’interroger plus sur les conditions d’application. Mes amis, proportionnalité d’accord, mais proportionnalité de quoi ?

Parlerait-on d’une proportionnalité des intentions de tuer ? Celle-ci non plus n’est pas respectée, car avec chaque roquette son intention d’occire. Comme dirait le Hamas, quand on haït on ne compte pas et plus on est de fous plus on tire.

Parlerait-on de la proportionnalité des prudences visée à l’article 57 de la Convention de Genève : les attaques disproportionnées sont celles qui peuvent être susceptibles de causer incidemment des pertes de vies civiles ou des dommages aux biens civils « qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu » de l’attaque.

Sans doute mes amis auront voulu d’abord parler de la disproportion de roquettes lancées au hasard – en cause du conflit puis en rupture répétée du cessez-le-feu – et dont l’impact militaire sera nul alors qu’en revanche le risque de dommage civil est avéré ?

Comme ils ne connaissent pas tellement la Convention de Genève, mes amis progressistes, la conversation s’arrête assez vite (et c’est dommage car il est intéressant de faire le compte des multiples voies par lesquelles elle est respectée par les uns et violée par les autres).

Parfois pour s’amuser ces amis de passage se prennent-ils à parler de proportionnalité des forces. C’est qu’ils semblent attendre que les uns et les autres disposent d’une force égale. Sans doute trouveraient-ils plaisant de considérer que le plus fort patiente assez pour que soit devenue son égal la rage qui souhaite le détruire. J’ignore où et quand se serait produite une telle magnanimité dans l’histoire mais je sais en revanche que si elle s’est produite, il n’est sans doute pas resté beaucoup de ces généreux pour en raconter l’occurrence : sans doute sont-ils morts d’avoir accepté la proportionnalité des forces d’un ennemi voué à leur destruction.

En vérité, mes amis progressistes ne connaissent que la proportionnalité des résultats, ils voient 2,000 morts d’un coté et 64 de l’autre et ils pensent : « mmmmh, je sais bien moi qui est le méchant, les chiffres ne mentent pas ».

Et je dois avouer, arrivé à ce point du dialogue je pose un genou en terre et je me prends à l’utiliser aussi ce concept de proportionnalité. Je fais le compte des hommes et femmes tués ces dernières années au nom de l’idéologie viciée de l’Islamisme et je trouve moi aussi une vérité aux chiffres. Je trouve qu’une part disproportionnée de la violence est commise au nom d’un fascisme qu’il s’agirait de combattre. Je compte les 200,000 Syriens massacrés, je compte les 300,000 soudanais massacrés, je compte les Yazidis crucifiés, et je n’en finis pas d’égrener cette disproportion monstrueuse.

Mes amis progressistes, je comprends ce que vous voulez dire. Vous n’êtes pas les premiers, ni les seuls, la phrase juste se trouve à nouveau chez Camus, dans son livre le plus personnel, « le Dernier Homme ». Vous voulez prononcer les mêmes mots que le père de l’auteur, vous voulez dire avec lui, faisant face à l’atrocité des massacres, ces paroles : « un homme ça s’empêche ».

Plutôt que d’utiliser des termes d’ignorance (proportionnalité-my-ass) demandez vous qui aujourd’hui dans le monde, a cessé de s’empêcher ; puis ensuite, appelez donc à la bonne volonté des autres, ils sont nombreux, ils forment une part disproportionnée de la population Israélienne et Palestinienne.

Illustration : Asaf Hanukka

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