Je suis votre silence futur, je suis votre raz de marée

Avec l’antiracisme contemporain, l’époque a signé un chèque en blanc au mouvement de foule. Il y avait – il y a toujours – un progrès considérable à produire pour que la justice soit mieux faite ici bas. Mais on a laissé les gens se baigner dans le petit bain de l’empathie, celui où ils ont toujours pied, et pouvaient se trouver tous ensemble avec facilité. Il leur suffisait de barboter derrière des slogans, d’expier en public leur culpabilité héritée ou actuelle, et de citer à son appui les ouvrages simplets de lutte par temps beau.

Ils rentrèrent chez eux, estimant avoir fait oeuvre honnête. Ils ne lurent pas ceux qui les prévenaient de la complexité du monde. Ils ne relurent pas Albert Camus, ni Martin Luther King – si ils les avaient jamais lus – et qui leur semblaient dépassés. Ils ignoraient le discours de Robert Kennedy à la mort de ce dernier. Ils connaissaient de Frederick Douglass le nom et c’était suffisant. Thomas Sowell ne les intéressait pas, pas plus que John McWorther.

Personne ne les pousserait dans le grand bain, où il leur faudrait apprendre à nager, c’est à dire à arbitrer leurs forces morales pour ne pas couler. Aujourd’hui, ils sont plongés dans les eaux vives, et nombre d’entre eux sombrent, n’ayant rien appris de leurs indignations passées, participant à d’anciennes infamies. Dans le vacarme des manifestations vociférantes, face aux arrachages d’affiches de kidnappés, le peuple juif qui ne disparaitra pas répond : « je suis votre silence futur, je suis votre raz de marée. »

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