Vérité comme contenu, vérité comme résultat

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La science m’a éduqué dans la considération d’une vérité comme contenu. Et du fait de la victoire indiscutable de la technique, qui, d’une manière usurpe l’identité de la science pour profiter de son prestige, l’exigence d’une vérité comme contenu a conquis jusqu’aux territoires éloignés de notre vie sociale.

Il est devenu naturel d’attendre le dévoilement d’une vérité constituée, cachée derrière n’importe quelle apparence. Notre société tourne sur l’épiphanie du « pot aux roses » et celle-ci se reflète tout autant dans l’appétit contemporain pour la transparence, en tant que fin en soi, que dans les théories du complot, en tant que moyen de compréhension du monde.

Un autre concept est attaché à celui de vérité, lorsque cette dernière se conçoit comme résultat et non plus comme contenu. De mémoire, le constructivisme qui nait avec les Lumières est une des premières traditions philosophiques à considérer comme une évidence le caractère « élaboré » de la connaissance.

Si je pense aujourd’hui à la différence entre contenu et résultat ce n’est pas tellement pour évoquer un distinguo obscur qui m’intéresse guère, c’est aussi et surtout pour me rassurer d’une tentation toujours plus présente : celle de la simplification.

Intoxiqués que nous sommes par les réussites spectaculaires d’une vérité constituée, en attente de sa découverte passive, ou pire, de celles d’une vérité déjà découverte, nous en venons à saisir la première explication du phénomène comme sa raison. J’aimerais garder en tête la prudence plus modeste d’une vérité qui dépend aussi du sens de la marche, des essais et erreurs qui la dessinent et pour tout dire, du temps passé à la considérer.

Crédit image : concours pour devenir fonctionnaire – Afghanistan 

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