L’exigence

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Je n’aime pas Malraux mais lui s’en fiche assez. Disons que je n’aime pas l’attitude littéraire de grandes idées qui s’expriment grandement. Et surtout je ne l’aime pas pour cette prophétie qui lui a été attribuée et qui nous a séduit : « le XXIème siècle sera spirituel ou il ne sera pas ».

Je sais bien qu’il s’agissait d’allumer en face de la technique folle, abandonnée aux mains d’extrémismes laïcs et guerriers, les pauvres contre-feux de la spiritualité : si Dieu n’existe pas alors tout est permis, l’enfer nucléaire comme le génocide.

Certes, mais que l’on m’accorde de douter qu’une résurgence du fait religieux nous protège de la bêtise. La bêtise pédestre qui tente aujourd’hui de revenir par la fenêtre alors qu’elle fut chassée par la porte du mariage homosexuel, par exemple. Celle, sanguinaire, qui utilise le Coran pour s’inventer une domination fasciste à la taille du monde. Celle, minérale, qui continue à lire dans les parchemins qu’il serait impie de compromettre sur la terre, parce que l’histoire, celle des hommes, n’existerait pas.

La phrase de Malraux oppose la religion à un contraire qui serait l’absence. Une vie sans spiritualité nous condamnerait à ne pas être, et cette inexistence intime se manifesterait par une pulsion macroscopique capable d’anéantir le siècle.

Je ne crois pas à cette opposition. Et si j’avais à nommer l’image miroir de la religion, je suivrais Michel Serre et je l’appellerais, suivant par là l’étymologie du terme : négligence. Nous n’avons pas besoin d’être spirituels pour que le XXIème siècle existe, il faut cesser d’être négligents, il faut exiger de nous mêmes.

Exiger que la solidarité soit effectivement la règle mais dans la mesure où elle nous lie durablement et pas seulement pour la période d’avant le Déluge : que valent nos principes républicains de fraternité si personne ne sait les financer au delà de sa vie propre ?  Et que valent-ils si leur financement conduit au départ des parts les plus industrieuses de la collectivité nationale ?

Exiger aussi que les impossibilités ou les espoirs de la science soient reflétés dans nos choix politiques : le climat change et il nous faut agir, le génie biologique est sorti de sa bouteille et n’y reviendra plus. Où sont les scientifiques dans nos assemblées législatives, où sont ceux qui savent lorsque vient le temps des décisions ?

Exiger encore que les principes soient soumis à l’épreuve continue des faits et de la statistique : que valent des principes religieux qui conduisent à une arriération quantifiable de ses populations, à des écarts durables de traitement entre les hommes et les femmes, à une discrimination des populations homosexuelles ?

« Le XXIème siècle sera exigeant ou il ne sera pas », comme aurait dit Malraux.

Crédit image : André Malraux

Une réflexion sur “L’exigence

  1. Sauf qu a ma connaissance Malraux n a jamais dit ca je le croyais aussi . Pour le reste le curcubitace est assez penible qd mm !

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