La plupart du temps, il faut croître
Alors quand vient le suspens, la plupart du temps
C’est la surprise.
Une station d’échec sur la piste des tribus
C’est une victoire,
La traversée à pied d’une ville
De la gare au lieu des entrevues
C’est une victoire sur le temps.
Il faut toujours parler
Alors quand vient le silence, la plupart du temps
C’est l’embarras.
Entre les mots, passant digues des langages et signes,
Coule une rivière de méandres.
On s’y baigne différent à chaque instant
Et ceux qui la quittent sont pris
La plupart du temps, d’une nostalgie indicible.
Souvent l’on ne peut parier qu’entre le gain servile
Et la catastrophe, alors quand le bandeau
Est levé devant tes yeux,
C’est la fortune misérable,
Car nous sommes encore vivants, pour l’instant.
Jamais l’ambition ne laisse reposer l’homme lucide :
Il aura veillé sans espoir la nuit de son triomphe.
La plupart du temps, les dés ne parlent qu’aux dieux.
En vain, t’efforces-tu pour l’avènement de la joie
Alors quand elle apparaît dans les notes
De synthèse, dans les trains qui vont à Zurich,
Dans les tunnels du calcul, en fait,
Dans les mouvements de l’ordre et du hasard,
C’est l’éblouissement.
Il y a dans l’épaisseur du jour qui vient
Un interlocuteur qui n’a rien à apprendre de nous,
Une rose qui n’a pas été coupée,
La plupart du temps, un miroir encore vierge.
