Taba

Giulio M

« Le taba est une langue austronésienne parlée au large d’Almahera, en Indonésie. »  Poésie du Gérondif – JP Minaudier 
 
Cette langue ne prévoit pas que soit définie
La position des êtres et des choses
De façon relative, le choix est 
De se trouver du coté du fleuve ou 
Du coté du volcan, point  
De droite ni de gauche. 
 
L’orientation d’une pièce s’effectue 
Sur la foi d’éléments géologiques 
Ainsi les repères témoignent-ils
De la taille du monde.
Il suffit que les volets soient fermés
Pour se trouver perdu 
Dans le secret d’une chambre.
 
J’en mesure l’étrangeté 
En plaçant cette chaise
Du coté du siège du parti communiste français
Et cette autre du coté du port de Dunkerque
(je m’arrête ici, car je ne veux 
pas dénoncer ce poème d’une 
triangulation fatale).
 
Et je monte d’un degré.
Les aveugles sensibles 
Aux prophètes ânonnant 
D’une grammaire universelle
Peuvent-ils encore prêter une oreille 
Charitable au structuraliste chenu,
Qu’ils pensent donc à ceci.
 
Le dieu de parchemin n’aurait pas choisi si facilement 
Face à ses imaginatifs scribes de prélever
Au premier homme une « indifférente » cote,
Car l’espèce aurait été autre 
Et peut-être sauve, selon que 
L’ablation fut faite 
Du coté du fleuve 
Ou du coté du volcan. 
 
(et si vous me demandiez quel est 
mon pronostic, je parierais un squelette 
sur le choix du volcan vu l’état de 
notre mondiale conversation).
 
Je parle de rédemption mais
Il n’y aura jamais assez de canots,
Plus d’une fois ces derniers temps
La tentation fut-elle grande de jeter
L’ancre en pleine mer et de se dire quitte.
 
Puisque je sais la chose possible, 
Je pensais que nous pourrions étendre
Au temps, un absolu repère :
Il n’y aurait plus d’après, 
Mais plutôt ceci,
Mes parents, mes enfants
Mes frères et mes amis.
 
Je navigue de ce coté de ma fin
J’habite de ce coté de votre naissance
Je marche de ce coté de votre disparition. 
 
Crédit image : Giulio M – Iran

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