Ils préparèrent leurs tours depuis ma naissance
M’ayant tant dit que les jeux de cartes marquées
Sont le signe imminent de la tombe. Quand
Je demande à ces faces lignées comment ils firent
Pour passer leurs époques de misère,
Ils me rappellent avec un amour fâché
Qu’ils ne dévoileront leurs mystères qu’à leurs pairs.
Dans les conversations qu’ils tiennent en compagnons
Ils sont assis à la table de feutre, ce sont les magiciens.
J’ai beau envisager l’histoire et j’ai beau croire
Aux cirques et aux foires, ils ne purent m’engendrer
Qu’après avoir distrait leurs geôliers avec adresse.
Mon père fut un prestidigitateur inquiet devant la police,
Ma mère l’illusionniste quotidienne de la subsistance.
Puis un jour que je fus rappelé au temps du maléfice
Par une inscription haineuse sur un mur aveugle, elle me dit
En nouant ses foulards, je reprendrais 90% de mes paroles
Pour que tu connaisses mieux celle qui se cache sous mon chapeau.
Les stanzas qui vinrent après mes applaudissements
Suffirent à dire la fable jusqu’au refuge de mon age.
Caravage : les tricheurs
