L’interdiction d’exercice d’un comique est une chose sérieuse. Je crains que les lois actuelles qui restreignent la liberté d’expression – fut-elle ignoble, raciste et antisémite – ne soient pas choses désirables ; le fait qu’elles fussent jusqu’à maintenant d’application incertaine n’arrange rien à l’affaire. Et je n’ai pas besoin d’invoquer Voltaire pour justifier de cette position, mes considérations sont bien plus terre-à-terre. Mesure-t-on bien à quel point combien nous avons enseigné contre notre gré, du fait de ces contraintes, à ce loup-cervier de la gaudriole, l’usage de la ruse et comment monter d’un degré dans l’échelle de la sophistication ?
A tout prendre, je préférerais confronter par la parole et en plein jour, plutôt que par la loi, un antisémite revendiqué plutôt qu’un antisioniste masqué, ou tout autre expression substituée. J’ai beau sortir serein de cette église, et pourtant, voici l’autre rive du dilemme : je faisais part de mes doutes quant à une interdiction hier à un ami qui avait participé au déploiement Français au Rwanda. Il n’eut qu’une seule question et elle fut perçante : n’avons nous pas été aussi coupables d’accepter que Radio Mille Collines puisse émettre ?