N’en déplaise à la fine équipe qui gravite autour de Dieudonné, les relations entre communautés juives et noires ne nourrissent pas d’ancien et impardonnable ressentiment. J’en veux pour preuve l’union sacrée des activistes juifs et noirs lors de l’émancipation de ces derniers aux Etats Unis (et le nombre de victimes juives lynchées aux cotés des noirs d’Alabama). Plus proche de nous, il suffit aussi de considérer ce que disait l’auteur – noir – Franz Fanon au cœur des luttes anti-coloniales et qui intimait aux populations en lutte du Maghreb et de l’Afrique de « tendre l’oreille, car lorsque l’on dit du mal des juifs, on parle de vous ».
Un des premiers forfaits de Dieudonné aura été justement d’encourager certaines populations immigrées et noires, via son rapprochement avec la Tribu Ka, à basculer dans un antisémitisme de cohésion, au sens où un ennemi commun peut rassembler. Ce faisant, il cause un tort considérable à ces mêmes populations en leur fournissant un principe explicatif de leur condition qui n’explique justement rien et les enferre dans une médiocrité poisseuse.
Dieudonné est devenu un antisémite dont le visage ressemble trait pour trait au portrait robot de la fin du XIX siècle, celui de l’homme « innocent et courageux » aux prises désespérées avec un complot planétaire de juifs ploutocrates. Néanmoins, pour ne pas être démasqué immédiatement, il se maquille de couleurs nouvelles, celle de l’antisionisme notamment (qui est un concept illogique ou odieux si l’on veut bien y réfléchir), celle du juif esclavagiste et donc coupable premier de la situation actuelle des populations noires d’Europe (à nouveau une fable qui saute à pieds joints sur la responsabilité des arabes musulmans et des chefs de guerre noirs dans la structure génératrice du commerce triangulaire).
Dieudonné n’a été fabriqué par personne, il s’est lui même radicalisé dans cette position paranoïaque qui consiste à articuler l’ensemble de la société sur un principe explicatif unique. Il l’a fait sciemment, peut-être au début par provocation, mais maintenant par conviction : je rappelle qu’il a fondé une liste aux élections Européennes appelée liste « antisioniste ». Il a beau avancer en ricanant, c’est devenu avant tout un homme politique charismatique. Chacun peut constater à cet égard, le caractère presque halluciné des fans de Dieudonné sur sa page, en transe extatique devant ses apparitions, à la manière d’autant d’adhérents à une secte.
Il n’est pas suffisant d’argumenter qu’en « France on peut rire de tout mais peut-être pas avec tout le monde », la vérité de la répétition veut que lorsque l’on rit toujours de la même chose depuis dix ans, on a cessé de se moquer et l’on cherche à convaincre. Je vais le dire plus clairement : Dieudonné est un homme politique qui essaie de convaincre ceux qui l’écoutent d’un danger juif.
Au même titre que nous devons combattre Marine Le Pen et ce qu’elle représente, il nous faut combattre Dieudonné et ce qu’il représente.