Une des caractéristiques principales du racisme consiste à imaginer des limites identitaires au libre arbitre individuel or l’homme tourne sur la pointe d’une épingle. Dire des Roms qu’ils ne peuvent s’adapter au mode de vie sédentaire, qu’ils sont roublards et mendiants, parce qu’ils sont Roms, c’est du racisme. En d’autres termes, nous ne serons plus racistes lorsque nous considérerons chacun comme capable de tout, le meilleur comme le pire.
Penser que le phénomène des bidonvilles est exclusif aux Roms est une réécriture particulièrement myope de l’histoire pour un pays aussi métissé. Je dis cela avec d’autant plus de liberté que je tiens pour une vérité intime l’existence des campements insalubres de Portugais, d’Espagnols et d’Italiens dans les banlieues Nord de Paris jusqu’à l’orée des années 1970. Si les campements sont inacceptables, ce n’est pas du fait de leur population, c’est parce qu’ils sont insalubres. Tout établis que nous puissions nous trouver, quelque soit notre niveau de fortune, nous sommes d’abord des va-nu-pieds qui nous sommes extraits patiemment de la boue dans laquelle marchaient nos ancêtres.
A contrario, la posture qui consiste à ne jamais vouloir porter le fer Républicain de l’assimilation est un angélisme qui dessert in fine les populations concernées. Je mesure le caractère sévère du projet, mais notre idéal d’intégration consiste à permettre aux enfants de la République de réaliser leur potentiel humain, et – c’est le point crucial – fût-ce au détriment de la culture qui les a vu naître. Si la vie nomade interdit dans les faits la poursuite d’une scolarité républicaine, le démantèlement des campements est une question légitime. Les femmes et hommes politiques qui pensent respecter la culture immigrée, Rom ou autre, en n’affirmant pas plus clairement les principes – et les conséquences – d’une éducation républicaine, « ont cessé de souffler sur la glaise pour créer l’Homme ».