Mariage

Il est utile de se demander à quoi sert le mariage – celui qui a dit « rien » prend ses affaires et sort. Je considère au premier chef les trois fonctions suivantes.

Tout d’abord, le mariage, comme diraient les économistes, possède valeur de signal, il signifie à son conjoint, et au reste de la société, un engagement. Que celui ou celle qui n’a pas délivré son époux d’une éternité d’alternatives par cet instant de consentement, vienne me contredire. Ensuite, il permet l’extension des droits civils au conjoint, établissant une police d’assurance contre les vicissitudes matérielles. Enfin, il offre un cadre juridique à l’arrivée d’enfants.

Les deux premiers points relèvent d’une logique individuelle (JE souhaite signifier à untel mon engagement, J’ai acquis des droits que JE partage avec untel). Si on accepte qu’une logique individuelle puisse être empêchée du fait de préférences de tiers, on s’interdit dans le même temps que la société parvienne à un quelconque équilibre viable. C’est une des leçons d’Amartya Sen dans son article « On the impossibility of the paretian liberal ». D’une certaine manière ce que pense un tiers de ma conduite privée ne devrait pas être pris en compte par l’Etat dans l’établissement de lois.

Le troisième point est d’un autre ordre car lié à l’adoption par les couples homosexuels, et donc à la décision de l’Etat de confier un enfant à tel ou tel couple. Pour le coup, cet aspect du mariage homosexuel relève d’une logique collective et doit être en effet débattu par la collectivité.

Lorsque de telles questions se posent, je crois qu’on attend de la République laïque qu’elle mette de coté les idées préconçues, des croyances religieuses aux propos de comptoir – je n’ai pas dit que les unes étaient les égales des autres – et qu’elle s’instruise. Or je dois dire qu’on a retrouvé ici le splendide isolement français puisque tout s’est passé comme si on ne disposait pas de statistiques sur les enfants de couples homosexuels dans l’ensemble des pays où il est déjà autorisé.

Outre Léon-Gontran Damas, on aurait pu attendre de la Garde des Sceaux qu’elle mette en avant les chiffres qui prouvent que la réussite scolaire, l’équilibre psychologique des enfants sont similaires qu’ils aient été élevés par des parents hétéro- ou homo- sexuels. Pour dire vrai, je ne sais pas si ces études existent, mais je sais que celles qui diraient le contraire n’existent surement pas car les forces agissantes contre le mariage pour tous nous les auraient déjà fait connaître.

En tout état de cause, cette partie du débat, qui à mon sens était la seule qui méritait réflexion, a été escamotée au profit, d’une part de principes égalitaires désincarnés et, d’autre part de positions stridentes et finalement inaudibles d’organisations religieuses ou d’hommes politiques grandiloquents.

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