Beppe Grillo est donc devenu l’un des hommes forts de l’Europe. Un inculte condamné pour homicide, haïssant les institutions au point de vouloir entrainer dans leur chute l’ensemble du pays, traitant à l’international Israël de pays préparant la troisième guerre mondiale – mais grand admirateur de l’Iran, selon lui injustement mis au banc – va décider de la structure de la coalition au pouvoir en Italie.
La raison tient bien entendu dans une combinaison d’indifférence envers la représentation politique (Tous pourris) et de l’intolérance croissante des populations envers la rigueur. Elle est aussi le signe d’une attirance malsaine pour la figure de l’indigné de la crèche, du fort en gueule qui se caractérise toujours par l’exposition de raisonnements simplistes.
Il serait temps de dire qu’indignation n’est pas raison, qu’il n’est pas sain de se choisir dans un pays démocratique des héros sans autre projet que de renverser une table où chacun trouve, tant bien que mal, à manger. Ces héros, au rang desquels on compte aussi Stéphane Hessel ou Jean-Luc Mélenchon, préfèrent, parce que c’est facile d’exister dans la déception des masses, la nostalgie de grandes luttes anachroniques, là où on peut raisonnablement penser que seule la patiente application de l’industrie rendra la dignité au pays qui les nourrit.